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- Genre : Humour/Horreur
- Année : 2000
- Réalisateur : Álex de la Iglesia
- Acteurs : Carmen Maura, Eduardo Antuna, Maria Asquerino
- Note : 6/6
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Julia, conseillère immobilière à Madrid, n’a pas réellement ce que l’on pourrait appeler une vie « exaltante ». Un job pas très excitant, un homme qui ressemble plus à Danny Devito qu’à Johnny Depp, elle-même a un physique plutôt ingrat, elle n’est pas riche à millions … Mais comme beaucoup d’entre nous elle s’en accommode. Elle prend la vie comme elle est, profite de ce qu’elle a et essaye de faire de son mieux dans la vie. Mais lorsque par hasard elle est sur le point de mettre la main sur un énorme magot qui pourrait changer la donne, c’est à une résistance inattendue qu’elle doit faire face, celle de ses aimables voisins …
Disons le tout de suite, nous sommes bien en présence ici d’un véritable petit bijou d’humour noir. Bien qu’injustement ignorée à sa sortie en France, il s’agit probablement là de l’œuvre la plus réussie du cinéaste espagnole Álex de la Iglesia, bien connu pour ses productions comico-horrifiques, qui dépeignent la plupart du temps de manière acerbe les travers de la société espagnole. Un film purement hispano-espagnole donc ? Et bien en partie, et c’est bien là le charme du film. A l’instar de ces séries allemandes identifiables au premier coup d’œil, on ressent parfaitement les influences latines et ibériques dans les dialogues, les décors, la réalisation, ce qui rajoute au film une touche de fraîcheur, d’excentricité qu’on aurait sans doute pas pu entrevoir en France ou aux Etats Unis.
Le film débute avec Julia et son copain qui squattent un somptueux appart de l’agence, car après tout il n’y a pas de mal à se faire du bien … Tout se passe pour le mieux lorsque des cafards tombent du plafond, le film peut alors entrer dans sa dimension horrifique : il y a quelque chose qui cloche à l’étage ! Julia appelle les pompiers, et là, surprise, un homme est en état de décomposition avancé sur son canapé au milieu de son appart jonché de détritus … C’est donc l’occasion de faire connaissance avec les membres de l’immeuble : des vieilles commères, des maquereaux, des enfants attardés, bref une assez curieuse galerie de personnage, dont les réactions sont pour le moins étonnantes, je n’en dis pas plus. Une chose est certaine quelque chose n’est pas clair. Julia remonte ensuite chez son voisin décédé et découvre alors un sac remplit de billets de banques, une fortune colossale qu’elle ramène discrètement chez elle. L’occasion d’une scène hilarante : Julia semble perdre les pédales pendant quelques instants : et pour cause ! comment réagirait on si l’on découvrait un pareil magot ? Mais rapidement elle se ressaisit, plus qu’une question en tête : que faire de l’argent et comment partir en profiter au soleil ? Alors qu’elle tente de quitter l’immeuble avec les sacs remplis d’argents, elle s’aperçoit que ses voisins ne sont pas prêts à la laisser partir. Commence alors un véritable régal d’humour grinçant, où les non dits et les scènes d’hypocrisie sont particulièrement truculentes.
On peut dire que le film bascule dès lors que Julia prend pleinement conscience de la malveillance de ses voisins, bien déterminés eux aussi à récupérer l’argent. Des lors tous les coups sont permis. Scènes de courses poursuites surréalistes, jeu du chat et de la souris dans l’immeuble, on sent tout ce petit monde pris d’une frénésie indescriptible, prêt à tout pour mettre la main sur le pactole. L’humour noir bat alors son plein. Et pourtant, si l’on se rend compte de la nature complètement immorale et délirante des voisins, après quelques explications on finit par les comprendre et on se dit qu’à leur place on ne se conduirait peut être pas si différemment, d’ailleurs comme le souligne un personnage à la fin du film, Julia aussi semble être prête a tout pour garder la valise pleine d’argent… Apres moult péripétie l’histoire se clôt sur le toit de l’immeuble pour une scène d’anthologie qui résumera à lui seul le film.
Mes chers voisins comporte donc un très grand nombre de qualités. L’interprétation tout d’abord, que ce soit le personnage de Julia jouée par l’excellente Carmen Maura, ou bien la galerie de voisins tous plus timbrés les uns que les autres. Grâce à son rythme endiablé et ses nombreux rebondissements (dont certains sont plutôt inattendus) l’histoire nous tient constamment en haleine. Outre les nombreuses répliques cultes, les clins d’oeils irrévérencieux à Matrix et à Starwars, l’humour noir omniprésent, on peut aussi y voir une vraie réflexion sur l’argent et le genre humain : En quoi l’argent peut il changer la vie ? Jusqu’où serait on prêt à aller pour fuir sa vie médiocre ? Même si l’ensemble donne parfois l’impression d’une comédie noire, les meurtres et les effets gores ne sont pas oubliés, et il faut saluer la réalisation qui arrive à donner un rendu quelque peu claustrophobique. En effet l’impossibilité pour Julia de sortir de l’immeuble donne parfois l’impression d’assister à ce cauchemar stressant que j’imagine tout le monde à du faire un jour: quelque chose de merveilleux vous tend les bras, vous êtes à deux doigts d’y parvenir, mais au final il y a toujours quelque chose pour vous empêcher d’arriver au but. La dernière scène en extérieure constitue à ce titre une certaine forme de délivrance.
Pour résumer, mes chers voisins constitue bien une pièce maîtresse dans la filmographie d’ Álex de la Iglesia. A la fois surprenant, haletant, grinçant… Tous les ingrédients sont là pour faire de ce film une réussite, une vraie perle d’humour noir qu’il serait dommage de bouder !
6/6.







